les inventeurs ont toujours existé 
28 mars 2008, vendredi 18 h 31
Vingt ans avant Edison, un Français avait inventé la gravure sonore. Des chercheurs américains ont découvert à Paris la première bande-son réalisée en 1860 par Edouard-Léon Scott de Martinville et sont parvenus à la décrypter.

Sur un fond de grésillements, une voix, lentement mais distinctement, chante en ânonnant : «Au clair de la lune, Pierrot répondit…» Une courte phrase musicale qui sera jouée en grande première, aujourd'hui, à l'université de Stanford, à San Francisco, à l'occasion de la conférence de l'Association des collections d'enregistrements sonores (ARSC), devant un aréopage de musiciens, historiens et ingénieurs du son venus du monde entier.

Cette audition est due à la rencontre de deux technologies de pointe, l'une datant du XIXe siècle et l'autre du XXIe.

Ce fragment de chanson a, en effet, été enregistré en 1860, près de 18 ans avant l'invention du phonographe par l'Américain Thomas Edison.

Son inscription sur un rouleau de papier enduit de noir de fumée, par l'intermédiaire d'un style fait d'une soie de sanglier, a été réalisée par un ouvrier typographe français du nom d'Édouard-Léon Scott de Martinville (1817-1879), grâce à un appareil qu'il appelait un «phonautographe» et avec lequel il travaillait depuis plusieurs années.

La gravure sonore de Léon Scott nom sous lequel il a déposé sa demande de brevet, destinée plus à l'étude qu'à un auditoire, serait restée muette pour l'oreille humaine, sans la technologie de reconstruction des sons à partir d'images numériques développée par des chercheurs du Lawrence Berkeley National Laboratory (LBNL), en Californie.

L'aventure de la redécouverte de la plus vieille chanson enregistrée commence en 2007 avec la création aux États-Unis, de l'association First Sounds qui s'est fixée pour but de retrouver les enregistrements sonores les plus anciens du monde et de les rendre disponibles à tous.

En décembre, deux de ses membres fondateurs, David Giovannoni et Patrick Feaster, localisent à l'Institut national de la propriété industrielle, à Paris, deux enregistrements accompagnant des demandes de brevets déposés par Léon Scott en 1857 et en 1859, puis, en février 2008, ils en retrouvent d'autres, réalisés entre 1853 et 1860, et déposés auprès des archives de l'Académie des sciences de l'Institut de France. À deux reprises, armé d'un appareil très performant, David Giovannoni se rend donc à Paris et effectue des scans à très haute résolution des tracés orrespondants, de l'ordre de 2 400 pixels par pouce.

Isabelle Trocheris

Citation d’un article paru sur le site du Figaro le 28 mars 2008